"CHANTS D'HAïTI CHANTS GRAFFITIS"

Sous ce titre singulier, c'est bien un répertoire de "chants à mystères" que propose le spectacle créé par Yane Mareine et Benoit Capon au Festival d'Avignon 2004.

"Chants d'Haïti Chants Graffitis" pose d'entrée, le contexte d'élaboration des "cultes à mystères" interdits, mais pratiqués en secret par les esclaves, comme autant de graffitis sur les murs de leur histoire, en marge des sociétés naissantes du nouveau Monde.

Qu'ils soient tirés du Candomblé brésilien, du Chango trinidadien, de la Santéria cubaine, de l'Obéayisme jamaïcain ou du vaudou haïtien, ces chants rituels sont issus pour la plupart des cultures africaines, (Fons, Yorubas, Nagos) et témoignent tous de la même urgence : la reconstitution, tel un dispositif protecteur, des pratiques et croyances africaines sur toutes les terres d'esclavage, des Amériques à l'Océan Indien.

Pour cette artiste d'origine guadeloupéenne, c'est un devoir de mémoire, que de chanter pour la réhabilitation des outils de résistance des déportés d'Afrique :
leurs langues (à ce jour, ont été répertoriés environ 127 variantes de créole)
leurs rythmes,
leurs rites : vaudou, candomblé, macumba, shango etc.

Ce récital est aussi une façon de réouvrir la "route de l'esclave", refermée à la hâte sur la honte des uns, et les questions béantes des autres; questions nombreuses...
Comme celles, relatives à l'identité, à l'humanité, à la vie, à l'amour, à la réconciliation, et à la construction d'une paix individuelle.

Ces chants ne sont pas "la litanie de ceux qui vivent à coeur cassé".

Ils sont à la fois témoignage, - pour ceux qui peuvent l'entendre - et indices, sur la façon dont les esclaves et leurs descendants se pansent, et se pensent dans leur relation à la société et au monde contemporain.

Ils sont aussi éclairage, sur la nécessité du recours - par l'homme captif - aux esprits ancestraux, pour retrouver la terre promise de la liberté, le pays où l'homme marche debout.

YANE MAREINE